<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
         xmlns:err="http://jelix.org/ns/xmlerror/1.0">
 <channel>

		<link rel="hub" href="http://overblog.superfeedr.com" xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom" />
		<link rel="self" href="http://www.lespetiteshistoiresdegeraldine.fr/rss-articles.xml" xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom" />
	
    <title><![CDATA[Les petites histoires de Géraldine (histoires de société)]]></title>
    <link>http://www.lespetiteshistoiresdegeraldine.fr/categorie-11153112.html</link>
    <description>Les derniers articles publiés dans la catégorie &quot;histoires de société&quot; du blog &quot;Les petites histoires de Géraldine&quot;</description>

        <language>fr</language>
    
    
    <pubDate>Tue, 18 Oct 2011 23:35:03 +0200</pubDate>    <lastBuildDate>Tue, 18 Oct 2011 23:35:03 +0200</lastBuildDate>    <generator>Over-blog.com RSS 2.0 Engine</generator>    <copyright>Copyright 2012 www.lespetiteshistoiresdegeraldine.fr</copyright>            <category>histoires de société</category>    <docs>http://www.rssboard.org/rss-specification/</docs>                        
      <item>
        <title><![CDATA[Entre ses mains]]></title>
        <link>http://www.lespetiteshistoiresdegeraldine.fr/article-entre-ses-mains-42442979.html</link>        <description><![CDATA[<p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">J’ai toujours voulu éviter de revenir en arrière. J’ai toujours voulu éviter de me souvenir parce qu’à vingt ans j’ai
    rêvé ma vie et mes espoirs ailleurs. Seulement, je ne peux oublier cet horrible secret, ce désarroi si grand dans lequel je me suis plongé et qui m’empêche d’avancer. Je sais que je dois vivre,
    pourtant je suis mort le jour de sa mort. Finalement, il a toujours voulu que je me taise et il a gagné.</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp;</span>J’avais neuf ans, j’étais un garçon calme et discret. Rien
    ne transparaissait. C’était assez étrange quand on pense que les autres gamins de mon âge passaient leurs temps à s’amuser et à gambader partout, rendant chèvre leurs malheureux géniteurs. Je
    n’étais rien de tout cela, j’étais l’absence. La solitude m’était salutaire pour oublier l’horreur. A l’époque, je ne savais pas que c’était l’horreur à proprement parler mais je devinais que ce
    n’était pas normal, que ce n’était pas pur. Pourtant je n’ai rien dit, c’était dangereux, d’ailleurs c’est ce qu’il m’a dit. Il en était sûr. Je l’ai cru. Je me suis dit que si un grand disait
    des choses que c’était forcément vrai. Les adultes ne mentent pas, n’est-ce-pas&nbsp;?</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="mso-tab-count: 1;"><span style=
    "font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">Ses mains étaient grandes, elles étaient propres, elles étaient belles mais elles faisaient mal. Elles me faisaient
    mal quand elles s’insinuaient dans cet endroit que je ne connaissais pas vraiment, même s’il était mien. Il était sérieux, il ne souriait pas quand il me gardait à côté de lui. Je ne souriais pas
    non plus, c’était mieux, peut-être n’était-ce pas permis&nbsp;? Il ne parlait pas, moi non plus. Je ne savais pas ce qu’il fallait que je fasse, de plus il ne m’avait pas demandé de faire quoique
    ce soit, alors je le laissais faire. Lui savait. Je n’osais pas regarder ses yeux s’assombrir quand il commençait à haleter, il semblait souffrir quand ma main se couvrait de cette chose laiteuse
    et collante. Il semblait avoir vraiment mal et c’était de ma faute. J’ai compris plus tard que cette douleur était celle du bonheur. Comment aurais-je pu savoir cela du haut de mes neuf
    ans&nbsp;? Il avait cette petite grimace qui déformait son visage mais en même temps je lui remarquais ce petit sourire en coin, comme celui d’un carnassier repu après avoir chassé puis mangé sa
    proie. Devais-je avoir la même expression&nbsp;? Je ne savais vraiment pas ce qu’il fallait que je fasse. Maman et papa me disaient toujours ce qu’il fallait faire et j’obéissais, lui ne disait
    rien et moi j’étais perdu. Quand son visage reprenait son expression habituelle, il sortait de sa poche deux serviettes en papier, ni plus ni moins, il me les tendait afin que j’essuie ma main
    droite. Je les aimais bien ces serviettes en papier, elles étaient douces comme de la soie. Grand-mère les achetais de toutes les couleurs, elle les rangeait dans son vieux buffet comme un
    trésor, elle devait en avoir un millier. J’essuyais alors ma petite main qui n’était plus rose jusqu’à ce que cette colle s’en aille, et après cet instant de grâce pour lui, il me laissait partir
    du cabanon et rejoindre maman. Ces instants où se mélangeaient la crainte, les silences, les regards et beaucoup de désespoir étaient comme une fête pour lui. Ce rituel qui avait lieu tous les
    dimanches pendant la sieste était un cauchemar mais c’était aussi un secret que je devais garder au fond de mon cœur.</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">&nbsp;</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">Il disait que si mes parents l’apprenaient qu’ils seraient jaloux de nous et qu’ils m’enverraient en pension pour la
    vie toute entière. Je ne voulais pas partir loin des miens et encore moins pour la vie entière, il le savait. Il disait aussi que si les autres l’apprenaient qu’ils seraient jaloux. Il parlait de
    mes ainés. Il trouvait qu’ils étaient trop grands pour jouer à ces jeux et qu’il ne pouvait pas leur faire confiance car ils trahiraient son secret. Il trouvait aussi qu’ils n’étaient pas
    suffisamment purs pour avoir droit à de la délicatesse et de la tendresse. Moi j’étais un prince, le sien, c’était un privilège qu’il m’accordait, d’ailleurs tous les grands-pères du monde
    accordaient des privilèges aux enfants comme moi. Il me disait aussi qu’il serait triste si quelqu’un venait me prendre ce privilège. Selon lui, il valait mieux faire silence, c’était notre
    secret. Alors je me suis tû...</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">&nbsp;</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">Les jours, les semaines, les mois, les années ont passés et je ne l’ai pas trahi. L’année de mes onze ans, mon corps
    s’est mis à changer au fur et à mesure que le temps passait, je grandissais. Ma virilité commençait à naître autour de moi et mon corps trahissait mon espoir de rester un enfant. Je n’étais pas
    le seul à en être troublé, car lui aussi se rendait compte de cette transformation, cela l’excitait, il était simplement heureux. Quant à moi, je m’effrayais de toutes les conséquences que cela
    aurait. Son regard changea, il ne me regardait plus avec réserve, dans ses yeux je voyais du noir, celui de l’abime. Il y avait un désir si profond et si violent en lui que ma seule défense
    contre tout cela était le silence. C’était comme une fuite et je ne pouvais rien faire contre cela, je ne pouvais rien dire parce que j’avais promis de me taire.</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">&nbsp;</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">Il me disait que j’étais beau et qu’il était fier de moi contrairement à mes parents qui ne me regardaient jamais. Il
    était pourtant inquiet car il craignait que les filles remarquent ces formes que lui avait vu naître et qu’elles ne commencent à faire une ronde autour de moi. Il me disait que les filles étaient
    des prédatrices, des tueuses de garçons et qu’elles violaient même les petits garçons comme moi. Il me disait que je ne devrais pas les approcher car lui ne serait pas toujours là pour me
    protéger et que mon père était tellement occupé à remettre dans le droit chemin mes deux frères aînés qui lui donnaient du fil à retordre qu’il n’aurait pas le temps de me protéger, d’ailleurs
    selon grand-père mon père me prenait pour une mauviette, alors&nbsp;! Il m’a supplié de n’appartenir qu’à lui et de rester à ses côtés jusqu’à ce que je comprenne enfin le monde. J’ai dit oui.
    Que pouvais-je dire d’autre&nbsp;? Une fois cette promesse faite, il me gratifia d’un sourire en me disant que désormais lui et moi pourrions passer à autre chose. Je ne savais pas ce qu’il
    entendait par là mais j’étais sûr que ce n’était pas quelque chose de bien.</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">&nbsp;</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">Il en avait fini avec les caresses et les attouchements, il en avait fini aussi avec les serviettes en papier. Il
    avait changé le matelas du cabanon parce qu’il voulait que je sois plus à l’aise pour le sentir vibrer quand il viendrait déposer sa colle non pas sur mes mains mais à l’intérieur de mon corps.
    Il avait dit que ce serait mieux, que ce serait meilleur, que j’aimerais ça. Il avait dit que tout ce passerait bien et que je ne serais pas obligé d’aller au pensionnat. Il l’avait dit.<br>
    <br>
    <br></span></span>
  </p>
  <p class="MsoFooter" style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;"><em style="mso-bidi-font-style: normal;"><span style="font-size: 8pt;" lang="FR">©Géraldine Magnan,
    2010<br></span></em><em style="mso-bidi-font-style: normal;"><span style=
    "font-size: 8pt; font-family: &quot;Times New Roman&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-font-family: 'Times New Roman'; mso-fareast-language: FR; mso-bidi-language: AR-SA;"
    lang="FR">Texte protégé. Dépôt le 07.01.2010</span></em></span></span>
  </p>
  <p class="MsoFooter" style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Thu, 07 Jan 2010 18:41:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">442d55a34da2eb0fe705587bbf582bda</guid>
                <category>histoires de société</category>        <comments>http://www.lespetiteshistoiresdegeraldine.fr/article-entre-ses-mains-42442979-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Sans-papiers, go away]]></title>
        <link>http://www.lespetiteshistoiresdegeraldine.fr/article-sans-papiers-go-away-42442904.html</link>        <description><![CDATA[<p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">Sans papiers pour eux c’est être sans identité, c’est être un anonyme, un paria. Africains du Nord et de l’Afrique
    négrillonne pour une grande majorité ; hommes, femmes, ils n’ont aucune chance de faire parti du paysage métropolitain. Quitter l’Afrique, c’était pour eux l’unique chance de quitter la misère,
    la guerre, les génocides, et autres violences physiques et morales. Pour eux, c’était quitter la vie qui inéluctablement les conduirait à la mort, celle qui se fait à coup de bombes, de grenades,
    de machettes et de tortures. Pour eux, c’était enfin la chance que dans le monde occidental ils pourraient vivre, vieillir, et ne pas se dire que l’espérance de vie, en tout cas la leur serait de
    quarante ans. Pour eux, la France démocratique les protégerait, les secourrait, ils seraient enfin à l’abri. Leurs enfants auraient une chance de recevoir une éducation et une santé meilleure,
    leurs femmes seraient protégées des mutilations et des viols à répétition. Ils seraient simplement bien.</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">Mais voilà, la France terre d’accueil, pays des Droits de l’Homme n’est pas si accueillante que cela. Elle ne leur a
    pas ouvert ses portes pour asile, elle a préféré les laisser au seuil de la dignité et de la liberté. Elle les nomme communément sans-papiers, mépris d’une France républicaine où sont protégées
    la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">Seulement la liberté d’un homme doit-elle s’arrêter à une carte de séjour ou à un passeport ? L’identité d’un homme
    doit-elle s’arrêter à la couleur de sa peau et à ses origines ? La crédibilité et la confiance que l’on donne à un homme doivent-elle s’arrêter seulement à ses richesses ? Devoir supplier,
    frauder, devenir transparents pour survivre est-ce tout ce qui doit les définir ?</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">Pour hospitalité la France leur a offert des squats où ils vivent entassés par trentaine. Les plus chanceux vivent
    dans des demeures de charme dont l’état de délabrement est bien avancé. Mais qu’ils vivent dans des squats ou dans des immeubles vétustes sans eau ni lumière, ces hommes sont considérés comme des
    animaux. D’ailleurs il est vrai que venant de ces lointaines contrées africaines, ils ont l’habitude de vivre comme des bêtes sauvages, alors pourquoi les dépayser&nbsp;?</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">&nbsp;</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">Malgré les sourires en coin de certains on ne peut ignorer ce qui se passe sous nos yeux. Outre l’indifférence face à
    l’isolement de ces gens, il y a eu toutes ces vies perdues dans les immeubles offerts ; ces immeubles qui pour seul orgasme crachaient du feu. Eh oui, les incendies ont fait ravages. Etaient-ils
    des solutions? On espère que non ! Seulement, la réalité est là, les morts sont là, les rescapés sont là et les discours politico-sociaux sont là mais bizarrement ils manquent de souffle. Ces
    gens avaient une vie certes merdique mais c’était quand même une vie, ils avaient une dignité, ils avaient l’espérance de jours meilleurs. On les a regroupés dans des immeubles que même l’Ophlm
    n’oserait louer, et, ils ont perdu la vie dans ces flammes. Le gouvernement ne s’en est pas ému, c’est vrai pourquoi être solidaire de ces gens qui ne savent pas parler la langue de Voltaire et
    qui ne comprennent finalement qu’à coups de matraques et de gueulement? Pourquoi se soucier de ces gens alors qu’il y a mieux à faire dans son quatre pièces de Neuilly? On se le demande bien !
    Dix ans après et certains ne savent toujours pas quelle est la réalité du sans papier, et cela m’effraie.</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">Etre sans papiers c’est coucher à même le sol avec des rats, c’est manger ce riz qui a baigné dans la pisse de
    blattes. Etre sans papiers c’est manquer d’hygiène, c’est dormir à dix-sept dans quinze mètres carrés. Etre sans papiers c’est n’avoir que sa dignité pour ne pas sombrer dans la folie, je
    pourrais dire dans la déchéance mais c’est déjà chose faite. Etre sans papiers c’est simplement être un chien et vivre dans la merde. Seulement la journée, ces chiens sont des travailleurs et non
    des voleurs comme on aimerait souvent le faire croire. Certains font le ménage au Sénat ou dans des ministères. La France de l’Omniprésent obnubilé par sa côte de popularité et les apparences
    qu’il cultive exige des quotas d’expulsion exploite ces hommes sans visage. Ces victimes se taisent par crainte de devoir se retrouver du mauvais côté de la frontière, priant pour que leurs
    exploitants les prennent en pitié et qu’ils acceptent enfin de régulariser leurs situations. Il leur reste naïvement cet espoir que les exploitants seraient de bons samaritains qui leurs
    donneraient le sésame de la chance. Seulement, un patron fait du business pas la charité, ce n’est pas dans ses attributions parce qu’autant mettre la clé sous la porte. Et qu’on ne s’y trompe
    pas il ne fera rien même si l’indigent en question lui permet d’augmenter son chiffre d’affaires. Et puis je vous le demande, quel patron serait assez généreux au point de payer des charges
    sociales pour un homme qui n’est même pas français alors qu’il peut le payer au black. C’est vrai, pourquoi sacrifier des bénéfices pour un singe aux dents blanches&nbsp;!</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">&nbsp;</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">Donc la journée ce père de famille travaille au black puisqu’il n’a pas de papiers, il est présent tous les jours sur
    ce chantier dès cinq heures du matin ignorant le froid malgré les engelures. Il travaillera sans répit pour chaque centime d’euros afin de nourrir les siens. Et quand tombe la nuit il redevient
    un chien. Cette fois sans maître, simplement un chien errant avec le reste de sa famille. Doit-on dire de nouveau que lui et les siens ne mangeront pas à leur faim&nbsp;? Doit-on dire de nouveau
    que ses enfants parce que trop épuisés par ces conditions de vie ne seront pas vigilants et que les risques de contaminations, de chutes mortelles dans ces immeubles d’après guerres sont
    omniprésents? Doit-on de nouveau dire que la vie d’un homme même clochard vaut plus que l’humiliation et l’inconsidération que confèrent ces autres qui n’en ont rien à foutre de leur prochain ?
    Je pense que oui, car quand on sait que malgré ces années de misère qu’il n’aura toujours pas le droit d’être français alors qu’il construit des banques, des entreprises, des supermarchés, des
    logements sociaux pour la France. C’est une honte et une ironie car après avoir construit autant d’immeubles sa demande faite à la mairie ne sera toujours pas honorée puisqu’il n’a pas sa carte
    magnétisée. Le sans-papier peut rêver s’il croit qu’on lui offrira un trois pièces avec balcon à Sartrouville, que dis-je à Bondy&nbsp;!</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span lang="FR">La France</span> <span lang="FR">qui prend avec désinvolture son rôle d’hôte offre à ses invités peu
    désirés des présents pour les remercier de ne pas avoir en leur possession les bons papiers faisant d’eux des français de France et de Navarre. Deux présents de choix. Le premier est un séjour de
    quarante-huit heures à l’hôtel de police, bien sur le bar est payant et les nuits peuvent être mouvementées comme un week-end en formule 1. Le deuxième est un vol sec en seconde classe tarif
    promotionnel expulsé avec une escale à Marseille. Mais que demande le peuple&nbsp;!</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">Combien d’enfants ne mangent pas à leur faim&nbsp;? Combien de personne vivent sous le seuil du seuil de la pauvreté?
    Combien de sans-papiers multiplient les manifestations dans les rues de Paris&nbsp;? Des milliers&nbsp;? C’est trop. On a de cesse de voir des sans-papiers faire le pied de grue à la Bourse, aux
    halles, et personne ne s’en inquiète puisque le gouvernement tait tout ce qui dérange. Combien préfère se suicider plutôt que d’être reconduit aux frontières&nbsp;? Combien meurent chaque jour
    des mauvaises conditions de vie, parce que soigner est devenu un luxe que ne peuvent se payer ces gens qui n’ont pas d’identité. Malheureusement ces questions n’intéressent personne ou alors très
    peu, une minorité. Ces associations d’entraides qui ne sont guère aidés par le gouvernement, ces quelques célébrités et politicards en mal de popularité, parce que les autres une fois les
    élections passées ils n’ont cure du sort d’un Abdoulaye et de sa tribu. Quant aux autres, ceux qui mangent avec délectation une salade sont à cent mille lieux de tout cela trop préoccupés par
    leur nombril purulent. C’est vrai que toute cette misère dont souhaitent échapper tout ces étrangers indiffère le bien établi français. Monsieur Duchmolle est quand même plus embêté par l’achat
    d’un voiture neuve ou d’un bracelet en or fin dix-huit carats pour sa maîtresse aigrie et liftée ne ressemblant plus qu’à une limace en mal de peau que par leur sort de ces gens qui ont eu la
    stupidité de naître au mauvais endroit.</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">&nbsp;</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; line-height: 150%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">Sincèrement qui se sent réellement concerné et ce pas seulement le temps de trois semaines juste ce qu’il faut d’ennui
    avant de se trouver une nouvelle occupation. Qui partage son pain? Qui prend le temps de se soucier de cet homme courbé&nbsp;? Qui donne une pièce? Qui ouvre sa porte? Qui tend sa main au lieu de
    détourner son regard? Qui&nbsp;? Une centaine? Deux cent? Qui s'offusque réellement des inégalités sociales? Qui s'émeut du malheur de cet homme implorant la clémence du gouvernement car il sait
    qu'il risque l'emprisonnement à vie dans son pays? Qui?</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 150%;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">&nbsp;<br></span></span>
  </p>
  <p class="MsoFooter" style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <span lang="FR"><em style="mso-bidi-font-style: normal;"><span style="font-size: 8pt;" lang="FR">©Géraldine Magnan, 2010</span></em></span>
  </p>
  <p class="MsoFooter" style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <em style="mso-bidi-font-style: normal;"><span style="font-size: 8pt;" lang="FR">Texte protégé. Dépôt le 07.01.2010</span></em>
  </p>
  <p class="MsoFooter" style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <span lang="FR">&nbsp;</span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 150%;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">&nbsp;</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 150%;">
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Thu, 07 Jan 2010 00:00:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">e188b66d8dbbf6402a9a52b2618d6001</guid>
                <category>histoires de société</category>        <comments>http://www.lespetiteshistoiresdegeraldine.fr/article-sans-papiers-go-away-42442904-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Traficman]]></title>
        <link>http://www.lespetiteshistoiresdegeraldine.fr/article-traficman-42442729.html</link>        <description><![CDATA[<p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 200%; text-align: center;" align="center">
    <b><span style="font-variant: small-caps; mso-ansi-language: EN-GB;" lang="EN-GB"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">&nbsp;</span></span></b>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 200%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">Le business quel qu’il soit a lieu à partir de quinze heures (heure du réveil) pour les novices et vingt-deux heures
    pour les vrais durs. Qu’il s’agisse de trafic entre halls de cités, au coin d’un café, ou encore de revente à domicile, le dealer des temps modernes est un homme organisé. Il tient en une main de
    maître son agenda qui n’est autre que son mobile. Ce garçon a sa propre Entreprise Individuelle et il s’est auto-exonéré d’impôts ad vitam aeternam. Notre traficman n’est pas un jeunot de
    dix-sept ans qui essaye de refourguer de la beu à moindre coût pour s’acheter un Diesel. On parle plutôt du jeune homme de vingt-cinq, trente ans qui roule en Porsche Cayenne et non pas en Ford
    fiesta, qui s’habille en Kenzo et non pas chez H&amp;M et qui porte au poignet une Dolce and Gabbana. Voilà comment il fonctionne&nbsp;: la journée ou du moins une bonne partie de la journée il
    est dans les bras de Morphée, pendant ce temps là, sa maman lui mijote ses petits plats préférés puis elle part au pressing lui chercher ses costumes car rôtir un Armani et bien ce n’est pas
    classe, ensuite elle réveille son angelot, reconnaissante d’avoir un fils qui veille sur elle et ses six autres marmots. Vers dix-neuf heures la vie salariale de notre traficman débute, sa
    journée&nbsp;enfin sa nuit peut commencer…</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 200%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">&nbsp;</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 200%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">Alors que nous avons cassé notre fessier au travail, enragés après ces soi-disant trente-cinq heures, voire plus pour
    ceux qui croient au paiement des heures sup. Alors que nous devons supporter ce patron abruti comme ses deux pieds. Alors que nous ruminons sur le fait que nous pourrions vivre sur le dos de
    l’état confortablement installés dans notre canapé <b style="mso-bidi-font-weight: normal;">«&nbsp;grâce&nbsp;»</b> à l’Assedic en nous abrutissant devant <em style=
    "mso-bidi-font-style: normal;">les feux de l’amour</em> ou <em style="mso-bidi-font-style: normal;">la petite maison dans la prairie</em>. Alors que nous arrivons éreintés chez nous après avoir
    récupéré nos ingrats de marmots chez la nourrice quasi analphabète, notre ami enfile son Redskins et habillé tout en H. Boss uniformisation oblige, il part sillonner les rues parisiennes. Ce BCBG
    et respectueux Notable de la Zone anobli par le gardien de son immeuble monte dans sa nouvelle Porsche Cayenne turbo S 550Ch, payée comptant tandis que nous nous remettons à peine de notre petit
    périple nocturne vers notre petit trois pièces enivrés par l’haleine fétide bourrée de whisky d’un compagnon de voyage même pas choisi. Nous songeons à cet espoir que peut-être un jour nous
    aurons la chance de conduire la très ancienne Porsche Cayenne turbo S 550Ch d’occaz de feu le businessman tué lors d’une rixe dans les rues de la Capitale.</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 200%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">Bref, en attendant de lire sa nécrologie dans Libé, notre businessman s’en va de la demeure matriarcale voir ses
    prospects qui en moins de temps qu’il ne faut deviennent des clients après une négociation qu’aucun chef d’entreprise lambda n’aura fait l’apprentissage en master de commerce. Sa technique est
    tellement efficace qu’il parvient à refourguer à ses clients une bonne partie de sa marchandise qu’il stocke dans le box qu’il loue chez Une pièce en Plus. Demain il attend une nouvelle
    livraison. À une heure du matin la journée de doux labeur du diplômé de l’ISVC «&nbsp;Institut Supérieur de <span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp;</span>Vente de Cocaïne » s’achève enfin. Son
    business il l’a fait en homme d’affaires des temps modernes. Six mille euros pour trois heures de tchatche tranquille soit l’équivalent de quatre mois de dur labeur pour une pauvrette mère de
    famille&nbsp;! La vie est injuste oui je sais, on le sait tous.<br>
    <br></span></span>
  </p>
  <p class="MsoFooter" style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <em style="mso-bidi-font-style: normal;"><span style="font-size: 8pt;" lang="FR">©Géraldine Magnan, 2010</span></em>
  </p>
  <p class="MsoFooter" style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <em style="mso-bidi-font-style: normal;"><span style="font-size: 8pt;" lang="FR">Texte protégé. Dépôt le 07.01.2010</span></em>
  </p>
  <p class="MsoFooter" style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <span lang="FR">&nbsp;</span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 200%; text-align: justify;">
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">&nbsp;</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 200%; text-align: justify;">
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Thu, 07 Jan 2010 00:00:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">99114791b77254e6c91195dc4b8321c1</guid>
                <category>histoires de société</category>        <comments>http://www.lespetiteshistoiresdegeraldine.fr/article-traficman-42442729-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Mon havre de paix]]></title>
        <link>http://www.lespetiteshistoiresdegeraldine.fr/article-mon-havre-de-paix-38194836.html</link>        <description><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Dans cette société où je vis les avantages ne semblent pas nombreux. Pour certains, la banlieue est une fatalité, mais ils ne se plaignent pas parce que finalement
    la vie ne leur demande pas beaucoup d’efforts puisqu’ils vivent enfermés dans ce petit monde qu’ils se sont créés. Ils ont l’impression que le reste du monde n’existe pas vraiment. Seulement il
    existe. Il peut être dur et effrayant dès lors qu’au sein de ce petit monde la méchanceté et l’indifférence viennent se heurter à votre réalité qui n’est pas souvent la même que celle des
    autres.<br>
    <br>
    J’ai toujours vécu ici, je n’ai pas toujours aimé mais c’est ici ma vie. Ce ne sont pas mes origines, les miennes sont encrées dans les terres africaines, celles de mes pères. Les Bosquets, ma
    cité de Montfermeil a abrité mes pleurs, mes rires, mes joies et mes craintes. Je pensais qu’elle me protègerait toujours du regard des autres et même de celui de mes «&nbsp;frères&nbsp;». Eux,
    qui m’ont vu grandir, qui m’ont vu réussir ma vie devenue fierté ou jalousie pour certains, parce que j’ai créé ma petite entreprise. C’est vrai, j’ai eu le courage de courir après mes ambitions
    qui n’étaient pas celles du shit ou autres deals en tous genres. Mais cette cité ne me protègerait pas, je le savais, il fallait que je me débrouille comme si tout cela n’avait jamais existé. Un
    autre monde, une autre vie.<br>
    <br>
    Ma peau noire, couleur ébène, on la trouve belle, pleine de sensualité et de grâce. Cette couleur qui m’enveloppe ne m’a jamais causé de tracas et pourtant elle est si visible. On ne peut que la
    voir, l’ignorer serait se duper soi-même. Elle n’a jamais dérangé, mais quand est-il du reste&nbsp;? Je n’ai jamais voulu le savoir parce que je sais que ma réalité n’est pas celle des autres,
    parce que je sais que ma famille et mes amis ne comprendraient pas que mon bonheur est ailleurs.<br>
    Dois-je leur en vouloir de ne pas comprendre, je ne sais pas. Tout ce que je sais c’est que les perdre serait une immense douleur et parce que j’ai rêvé ma vie heureuse je ne peux la penser
    triste.<br>
    <br>
    J’ai voulu essayer une fois, j’ai cru que j’y arriverais, mais je n’y suis pas parvenu. Ce soir là alors que j’étais dans le hall de l’immeuble cent-vingt, QG de mes «&nbsp;frères&nbsp;», les
    discussions allaient bon train sur les deals pour ne pas changer, sur les filles considérées comme des objets, et qui malheureusement le sont tellement, quand un garçon passa. Il était beau, il
    se dandinait un peu comme une jeune première. Je le regardai en souriant me demandant où s’arrêtait cette part de masculinité qui laisse place à la féminité. Mes amis quant à eux ne se perdirent
    pas dans ce genre de considérations. En effet, ils se moquèrent de lui. Comment une folle pouvait-elle se promener ainsi. Ils lui demandèrent s’il n’avait pas peur qu’ils lui cassent sa gueule
    d’ange&nbsp;? Il était effrayé, il augmenta le pas de sa course sans se retourner et s’en alla vers l’ailleurs. J’ai su que je ne pourrais pas dire cette différence parce que le reniement des
    miens serait.<br>
    <br>
    Pour oublier cette faiblesse, je me mis à envier tous les homos qui se baladaient en toute liberté dans leur quartier sans crainte d’être peut-être lynchés, d’être ramenés aux portes de la cité
    avec pour seul bagage leur désespoir. Je les regardais et me demandais quand j’arriverais moi-même à vivre ainsi mais je ne voyais rien à l’horizon, si ce n’était la dureté de l’immeuble
    cent-vingt, sans parler de celle de mes parents. Pour eux, immigrés des années soixante ils ont une idée bien arrêtée sur ces gens malades qui n’auraient jamais l’absolution de leurs pêchés. Ils
    pensent que le noir parce qu’issu de l’esclavage, de la servitude, doit revendiquer ce droit à la liberté et rester supérieur en tout pour ne jamais être considéré comme un être faible. Et
    justement, un gay est un être faible, une honte. Comment après tout cela ne pas s’enfermer dans ce carcan du non-dit&nbsp;? Ce carcan qui ne fait qu’accentuer cette espèce de misère mentale que
    s’inflige déjà par accoutumée le noir qui se sent opprimé.<br>
    Chaque jour je m’enlise un peu plus dans ce mensonge et revenir en arrière est aussi facile que rêver fortune quand on ne joue pas au jeu. Je me suis dit que je pourrais me marier et avoir une
    famille pour tromper les autres, avoir une vie bien rangée loin de mes désirs mais ce serait une totale hérésie.&nbsp;<br>
    <br>
    Le Monde ne pourrait-il pas laisser en paix ceux qui ne rentrent pas dans sa normalité&nbsp;? Le Monde ne pourrait-il pas cesser de nous regarder avec dédain et haine&nbsp;? Etre gay ce n’est pas
    le début de la fin de toutes morales. L’homosexualité existe depuis la nuit des temps, et parmi les grands de ce monde il y en a, mais tout cela est caché, politique oblige. Le Monde devrait
    comprendre qu’être homo n’est pas un choix de vie, que c’est nous depuis toujours, depuis le premier cri poussé à la maternité. Le Monde devrait nous laisser vivre.<br>
    <br>
    J’ai réussi socialement, je suis là où j’ai toujours voulu être. Grâce à moi, ma famille n’est plus dans le besoin, je fais vivre des gens. Je n’ai pas de mérite mais je n’ai pas non plus de
    raison de me cacher du reste du monde, et pourtant…<br>
    Dans cette vie, dans cette cité, je n’ai finalement pas trouvé ma place. Peut-être n’ai-je pas su m’affirmer et défendre ma liberté individuelle comme il l’aurait fallu&nbsp;? J’ai laissé par
    crainte cette société bâtir un mur entre moi et les autres. Je ne suis pas sûr que je serai fou de joie demain matin au réveil mais je serais heureux quand même.<br>
    Lorsque je sors des Bosquets et que j’entre dans Paris, la vie, l’espoir s’ouvrent de nouveau à moi. L’indifférence des autres ne me choque pas car le cosmopolitisme qui ne s’est pas encore
    montré aux abords de la banlieue s’est installé dans la capitale. Ici, on a peu souvent le mot dur, le regard des autres est moins sévère quand on s’embrasse à la Villette. J’ose espérer que les
    gens se retournent sur nous uniquement par curiosité quand on se balade main dans la main sur les Champs. Je sais au fond de moi que certains voudraient nous envoyer sur le bûcher ou au bagne
    mais faute de mieux ils nous tolèrent.<br>
    <br>
    En fait, je crois que le seul endroit où je peux vivre en toute quiétude mon homosexualité c’est dans cet appartement parisien que Maxime et moi avons acheté il y a un an. Je n’y dors pas très
    souvent car mes parents ne connaissent pas l’existence de cet appartement, sinon, ils y éliraient domicile. Vivre à Paris c’est bien mieux que les Bosquets de Montfermeil! Cet endroit, c’est mon
    havre de paix, ce cocon que Maxime et moi avons créé et dans lequel nous sommes heureux.<br>
    Maxime ne comprend pas ce silence, ces cachoteries, tous ces mystères. Il ne comprend pas&nbsp; l’origine de tout cela et quelquefois un sentiment de lassitude s’installe en lui. Il n’a pas eu
    besoin de cacher sa sexualité à sa famille et à ses amis, tout a toujours été dit, rien n’a jamais été tût. Mais Maxime et moi sommes différents. Nous sommes issus de deux cultures différentes.
    Maxime est blanc, ses parents sont blancs, ses amis aussi. Il n’a pas eu à connaître cette souffrance. Il aimerait que tout s’arrange, que tout cela change, il aimerait connaître ma famille,
    aller aux Bosquets&nbsp;; personne ne veut jamais aller aux Bosquets, lui si. Il voudrait faire parti de ma famille comme tous ces couples qui vivent dans la normalité. Le seul problème c’est
    qu’aux yeux des miens nous ne serons jamais des êtres normaux, nous ne serons jamais rien d’autre que des garçons pervers.<br>
    Mon Maxime est un rêveur, un Rimbaud dans son genre, un révolutionnaire nostalgique qui se revendique le droit d’Etre par le seul fait de l’amour. Mais il ne sait pas, ou alors il l’ignore par
    déni, que la France, la nôtre, se refuse l’ouverture d’esprit, elle pourtant si ouverte sur le monde. Et si dans ce paysage blanc il est dur d’être gay il l’est encore plus quand la peau est
    colorée. Maxime mon rêveur…<br>
    <br>
    Le temps a passé, les non-dits ne sont plus. Je garde en moi l’espérance d’une vie meilleure où mes parents m’ouvriraient de nouveau la porte de chez eux, où ils accueilleraient notre fils, cet
    enfant que Maxime et moi avons adopté, notre petit Léo. Je ne pense pas que je verrais mes amis du cent-vingt des Bosquets me sourire de nouveau, ni me serrer dans leurs bras comme autrefois,
    mais ce n’est pas grave car c’était une autre vie, c’étaient d’autres jeux, d’autres défis.<br>
    <br>
    J’aime la vie, j’aime cet espoir qui renaît chaque jour quand le soleil se lève, chaque instant qui passe et meurt pour laisser un autre prendre place. J’aime cet univers que je me suis créé avec
    l’homme que j’aime. J’aime me dire que j’ai de la chance de pouvoir aimer. Peu de gens peuvent dire qu’ils aiment.<br>
    Aujourd’hui ma vie est presque celle que j’ai rêvé quand, assis dans le hall du cent-vingt, je m’imaginais, moi fils d’immigrés camerounais, devenir un homme avec une petite famille.<br>
    <br>
    <br>
    <span style="font-size: 10pt;">©Géraldine Magnan, 2009<br>
    Texte protégé. Dépôt le 26.10.2009<br>
    <br></span><br>
    <br>
    <br>
    <br>
    <br>
    <br>
    <br>
    <br>
    <br>
    <br>
    <br>
    <br>
    <br>
    <br></span>
  </div>]]></description>
        <pubDate>Mon, 26 Oct 2009 00:05:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">8c443afca323b269eaa63f4cedc01907</guid>
                <category>histoires de société</category>        <comments>http://www.lespetiteshistoiresdegeraldine.fr/article-mon-havre-de-paix-38194836-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
  
 </channel>

</rss>
