Le business quel qu’il soit a lieu à partir de quinze heures (heure du réveil) pour les novices et vingt-deux heures pour les vrais durs. Qu’il s’agisse de trafic entre halls de cités, au coin d’un café, ou encore de revente à domicile, le dealer des temps modernes est un homme organisé. Il tient en une main de maître son agenda qui n’est autre que son mobile. Ce garçon a sa propre Entreprise Individuelle et il s’est auto-exonéré d’impôts ad vitam aeternam. Notre traficman n’est pas un jeunot de dix-sept ans qui essaye de refourguer de la beu à moindre coût pour s’acheter un Diesel. On parle plutôt du jeune homme de vingt-cinq, trente ans qui roule en Porsche Cayenne et non pas en Ford fiesta, qui s’habille en Kenzo et non pas chez H&M et qui porte au poignet une Dolce and Gabbana. Voilà comment il fonctionne : la journée ou du moins une bonne partie de la journée il est dans les bras de Morphée, pendant ce temps là, sa maman lui mijote ses petits plats préférés puis elle part au pressing lui chercher ses costumes car rôtir un Armani et bien ce n’est pas classe, ensuite elle réveille son angelot, reconnaissante d’avoir un fils qui veille sur elle et ses six autres marmots. Vers dix-neuf heures la vie salariale de notre traficman débute, sa journée enfin sa nuit peut commencer…
Alors que nous avons cassé notre fessier au travail, enragés après ces soi-disant trente-cinq heures, voire plus pour ceux qui croient au paiement des heures sup. Alors que nous devons supporter ce patron abruti comme ses deux pieds. Alors que nous ruminons sur le fait que nous pourrions vivre sur le dos de l’état confortablement installés dans notre canapé « grâce » à l’Assedic en nous abrutissant devant les feux de l’amour ou la petite maison dans la prairie. Alors que nous arrivons éreintés chez nous après avoir récupéré nos ingrats de marmots chez la nourrice quasi analphabète, notre ami enfile son Redskins et habillé tout en H. Boss uniformisation oblige, il part sillonner les rues parisiennes. Ce BCBG et respectueux Notable de la Zone anobli par le gardien de son immeuble monte dans sa nouvelle Porsche Cayenne turbo S 550Ch, payée comptant tandis que nous nous remettons à peine de notre petit périple nocturne vers notre petit trois pièces enivrés par l’haleine fétide bourrée de whisky d’un compagnon de voyage même pas choisi. Nous songeons à cet espoir que peut-être un jour nous aurons la chance de conduire la très ancienne Porsche Cayenne turbo S 550Ch d’occaz de feu le businessman tué lors d’une rixe dans les rues de la Capitale.
Bref, en attendant de lire sa nécrologie dans Libé, notre businessman s’en va de la demeure matriarcale voir ses
prospects qui en moins de temps qu’il ne faut deviennent des clients après une négociation qu’aucun chef d’entreprise lambda n’aura fait l’apprentissage en master de commerce. Sa technique est
tellement efficace qu’il parvient à refourguer à ses clients une bonne partie de sa marchandise qu’il stocke dans le box qu’il loue chez Une pièce en Plus. Demain il attend une nouvelle
livraison. À une heure du matin la journée de doux labeur du diplômé de l’ISVC « Institut Supérieur de Vente de Cocaïne » s’achève enfin. Son
business il l’a fait en homme d’affaires des temps modernes. Six mille euros pour trois heures de tchatche tranquille soit l’équivalent de quatre mois de dur labeur pour une pauvrette mère de
famille ! La vie est injuste oui je sais, on le sait tous.