Sans papiers pour eux c’est être sans identité, c’est être un anonyme, un paria. Africains du Nord et de l’Afrique négrillonne pour une grande majorité ; hommes, femmes, ils n’ont aucune chance de faire parti du paysage métropolitain. Quitter l’Afrique, c’était pour eux l’unique chance de quitter la misère, la guerre, les génocides, et autres violences physiques et morales. Pour eux, c’était quitter la vie qui inéluctablement les conduirait à la mort, celle qui se fait à coup de bombes, de grenades, de machettes et de tortures. Pour eux, c’était enfin la chance que dans le monde occidental ils pourraient vivre, vieillir, et ne pas se dire que l’espérance de vie, en tout cas la leur serait de quarante ans. Pour eux, la France démocratique les protégerait, les secourrait, ils seraient enfin à l’abri. Leurs enfants auraient une chance de recevoir une éducation et une santé meilleure, leurs femmes seraient protégées des mutilations et des viols à répétition. Ils seraient simplement bien.
Mais voilà, la France terre d’accueil, pays des Droits de l’Homme n’est pas si accueillante que cela. Elle ne leur a pas ouvert ses portes pour asile, elle a préféré les laisser au seuil de la dignité et de la liberté. Elle les nomme communément sans-papiers, mépris d’une France républicaine où sont protégées la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.
Seulement la liberté d’un homme doit-elle s’arrêter à une carte de séjour ou à un passeport ? L’identité d’un homme doit-elle s’arrêter à la couleur de sa peau et à ses origines ? La crédibilité et la confiance que l’on donne à un homme doivent-elle s’arrêter seulement à ses richesses ? Devoir supplier, frauder, devenir transparents pour survivre est-ce tout ce qui doit les définir ?
Pour hospitalité la France leur a offert des squats où ils vivent entassés par trentaine. Les plus chanceux vivent dans des demeures de charme dont l’état de délabrement est bien avancé. Mais qu’ils vivent dans des squats ou dans des immeubles vétustes sans eau ni lumière, ces hommes sont considérés comme des animaux. D’ailleurs il est vrai que venant de ces lointaines contrées africaines, ils ont l’habitude de vivre comme des bêtes sauvages, alors pourquoi les dépayser ?
Malgré les sourires en coin de certains on ne peut ignorer ce qui se passe sous nos yeux. Outre l’indifférence face à l’isolement de ces gens, il y a eu toutes ces vies perdues dans les immeubles offerts ; ces immeubles qui pour seul orgasme crachaient du feu. Eh oui, les incendies ont fait ravages. Etaient-ils des solutions? On espère que non ! Seulement, la réalité est là, les morts sont là, les rescapés sont là et les discours politico-sociaux sont là mais bizarrement ils manquent de souffle. Ces gens avaient une vie certes merdique mais c’était quand même une vie, ils avaient une dignité, ils avaient l’espérance de jours meilleurs. On les a regroupés dans des immeubles que même l’Ophlm n’oserait louer, et, ils ont perdu la vie dans ces flammes. Le gouvernement ne s’en est pas ému, c’est vrai pourquoi être solidaire de ces gens qui ne savent pas parler la langue de Voltaire et qui ne comprennent finalement qu’à coups de matraques et de gueulement? Pourquoi se soucier de ces gens alors qu’il y a mieux à faire dans son quatre pièces de Neuilly? On se le demande bien ! Dix ans après et certains ne savent toujours pas quelle est la réalité du sans papier, et cela m’effraie.
Etre sans papiers c’est coucher à même le sol avec des rats, c’est manger ce riz qui a baigné dans la pisse de blattes. Etre sans papiers c’est manquer d’hygiène, c’est dormir à dix-sept dans quinze mètres carrés. Etre sans papiers c’est n’avoir que sa dignité pour ne pas sombrer dans la folie, je pourrais dire dans la déchéance mais c’est déjà chose faite. Etre sans papiers c’est simplement être un chien et vivre dans la merde. Seulement la journée, ces chiens sont des travailleurs et non des voleurs comme on aimerait souvent le faire croire. Certains font le ménage au Sénat ou dans des ministères. La France de l’Omniprésent obnubilé par sa côte de popularité et les apparences qu’il cultive exige des quotas d’expulsion exploite ces hommes sans visage. Ces victimes se taisent par crainte de devoir se retrouver du mauvais côté de la frontière, priant pour que leurs exploitants les prennent en pitié et qu’ils acceptent enfin de régulariser leurs situations. Il leur reste naïvement cet espoir que les exploitants seraient de bons samaritains qui leurs donneraient le sésame de la chance. Seulement, un patron fait du business pas la charité, ce n’est pas dans ses attributions parce qu’autant mettre la clé sous la porte. Et qu’on ne s’y trompe pas il ne fera rien même si l’indigent en question lui permet d’augmenter son chiffre d’affaires. Et puis je vous le demande, quel patron serait assez généreux au point de payer des charges sociales pour un homme qui n’est même pas français alors qu’il peut le payer au black. C’est vrai, pourquoi sacrifier des bénéfices pour un singe aux dents blanches !
Donc la journée ce père de famille travaille au black puisqu’il n’a pas de papiers, il est présent tous les jours sur ce chantier dès cinq heures du matin ignorant le froid malgré les engelures. Il travaillera sans répit pour chaque centime d’euros afin de nourrir les siens. Et quand tombe la nuit il redevient un chien. Cette fois sans maître, simplement un chien errant avec le reste de sa famille. Doit-on dire de nouveau que lui et les siens ne mangeront pas à leur faim ? Doit-on dire de nouveau que ses enfants parce que trop épuisés par ces conditions de vie ne seront pas vigilants et que les risques de contaminations, de chutes mortelles dans ces immeubles d’après guerres sont omniprésents? Doit-on de nouveau dire que la vie d’un homme même clochard vaut plus que l’humiliation et l’inconsidération que confèrent ces autres qui n’en ont rien à foutre de leur prochain ? Je pense que oui, car quand on sait que malgré ces années de misère qu’il n’aura toujours pas le droit d’être français alors qu’il construit des banques, des entreprises, des supermarchés, des logements sociaux pour la France. C’est une honte et une ironie car après avoir construit autant d’immeubles sa demande faite à la mairie ne sera toujours pas honorée puisqu’il n’a pas sa carte magnétisée. Le sans-papier peut rêver s’il croit qu’on lui offrira un trois pièces avec balcon à Sartrouville, que dis-je à Bondy !
La France qui prend avec désinvolture son rôle d’hôte offre à ses invités peu désirés des présents pour les remercier de ne pas avoir en leur possession les bons papiers faisant d’eux des français de France et de Navarre. Deux présents de choix. Le premier est un séjour de quarante-huit heures à l’hôtel de police, bien sur le bar est payant et les nuits peuvent être mouvementées comme un week-end en formule 1. Le deuxième est un vol sec en seconde classe tarif promotionnel expulsé avec une escale à Marseille. Mais que demande le peuple !
Combien d’enfants ne mangent pas à leur faim ? Combien de personne vivent sous le seuil du seuil de la pauvreté? Combien de sans-papiers multiplient les manifestations dans les rues de Paris ? Des milliers ? C’est trop. On a de cesse de voir des sans-papiers faire le pied de grue à la Bourse, aux halles, et personne ne s’en inquiète puisque le gouvernement tait tout ce qui dérange. Combien préfère se suicider plutôt que d’être reconduit aux frontières ? Combien meurent chaque jour des mauvaises conditions de vie, parce que soigner est devenu un luxe que ne peuvent se payer ces gens qui n’ont pas d’identité. Malheureusement ces questions n’intéressent personne ou alors très peu, une minorité. Ces associations d’entraides qui ne sont guère aidés par le gouvernement, ces quelques célébrités et politicards en mal de popularité, parce que les autres une fois les élections passées ils n’ont cure du sort d’un Abdoulaye et de sa tribu. Quant aux autres, ceux qui mangent avec délectation une salade sont à cent mille lieux de tout cela trop préoccupés par leur nombril purulent. C’est vrai que toute cette misère dont souhaitent échapper tout ces étrangers indiffère le bien établi français. Monsieur Duchmolle est quand même plus embêté par l’achat d’un voiture neuve ou d’un bracelet en or fin dix-huit carats pour sa maîtresse aigrie et liftée ne ressemblant plus qu’à une limace en mal de peau que par leur sort de ces gens qui ont eu la stupidité de naître au mauvais endroit.
Sincèrement qui se sent réellement concerné et ce pas seulement le temps de trois semaines juste ce qu’il faut d’ennui avant de se trouver une nouvelle occupation. Qui partage son pain? Qui prend le temps de se soucier de cet homme courbé ? Qui donne une pièce? Qui ouvre sa porte? Qui tend sa main au lieu de détourner son regard? Qui ? Une centaine? Deux cent? Qui s'offusque réellement des inégalités sociales? Qui s'émeut du malheur de cet homme implorant la clémence du gouvernement car il sait qu'il risque l'emprisonnement à vie dans son pays? Qui?