Je suis ce que la société actuelle appelle un panier percé. Je fais parti de ces gens qui ont de mauvais rapports avec leur banquier. Croyez-vous que cela m’embête de ne pas être dans le top ten de ma banque ? Honnêtement, non. À dire vrai je m’en tape parce que mon banquier n’est pas mieux que moi, lui aussi est souvent dans le rouge, alors qu’il me traite de panier percé me passe au dessus de la tête. Cela dit, je voudrais que les choses soient claires car si le rapport que j’ai avec lui me laisse quelque peu indifférente, il n’en est pas de même avec mon moi intérieur car cela n’a rien d’amusant. Oh que non croyez-moi !

Voyez-vous, après exercice de la chose et ce depuis de très longues années, je me rends compte qu’il est dure de vivre quand on est un panier percé. C’est vrai, quand arrivent les soldes, ou quand vous voulez vous faire plaisir (force est de constater que vous voulez tout le temps vous faire plaisir) qu'il est douloureux de voir afficher sur l’écran de la caissière « paiement refusé » ou « provision insuffisante » quand vous vous dirigez vers un distributeur de billet. Ça fait vraiment mal, croyez-moi.

            Comprenez bien que si j’étais un tant soit peu raisonnable, que je me dirais finalement tous ces achats ne sont que futilités mais ce n’est pas possible car quand je traverse n’importe quelle rue, même la plus minable de Paris, mes yeux sont encouragés à dévier du trottoir pour se perdre dans ces vitrines qui me narguent sans arrêt. Comment ne pas être un panier percé dans ces cas là ? Certaines diraient qu’il faut simplement éviter tous ces endroits, qu’il faut apprendre à faire des soustractions, qu’il faut combattre ce mal qui sévit en moi. Je veux bien, mais comment ? En réalité, tout cela est plus facile à dire qu’à faire !

Croyez-vous qu’il soit facile d’aller aux galeries Lafayette, de se balader de rayons en rayons et de rentrer chez soi les mains dans les poches ? Croyez-vous qu’il soit facile d’aller aux galeries Lafayette encore une fois et de voir qu’enfin ce chemisier que vous lorgnez depuis trois semaines est ENFIN soldé à moins trente pour cent ? Et bien je vais vous dire que NON. Ce n’est pas facile et je défie quiconque de me dire que si.

Bien sur certaines pensent que les filles comme moi sont êtres écervelés et capricieux,  et qui estiment que de toute façon quelqu’un viendra les sauver, que quelqu'un aura pitié. Mais je vais vous dire je ne suis pas écervelée et encore moins capricieuse, loin de là. Je vis dans un monde où le fric s’envole par les fenêtres. Je vis dans un monde où le paraître a pris le pas sur le vrai. Je vis dans une société ou il n’est pas possible d’aller au travail avec les mêmes fringues deux fois de suite. Alors oui, je suis obligée d’acheter. Est-ce que je suis pour autant obligée d’être dans le rouge tous les mois, d’être harcelé par mon banquier parce que je suis à découvert de mille cinq cent euros. Honnêtement, non et je le sais. Je suis entièrement d’accord avec le fait que je pourrais ne pas être à découvert, mais je ne suis pas d’accord avec le fait que tout cela est entièrement de ma faute. Je ne me cherche pas d’excuse. Je dis seulement que si je suis un panier percé c’est parce que le système de surconsommation dans lequel je vis qui me fait rêver, qui me propose un superbe appart avec un taux d’intérêt super alléchant, ce même système qui me propose une carte de crédit pour chacun des magasins où je vais, ce même système qui me propose un découvert équivalent à mon salaire, ne peut pas me dire aujourd’hui qu’il va me faire ficher à la banque de France parce que c’est LUI qui fait de moi aujourd’hui un panier percé.

            J’imagine fort bien qu’une majorité ne me comprendra pas, mais à cette majorité je dis que je suis une victime de la société et que le jour où les magazines, les pubs, les médias, les banques cesseront de faire rêver les gens leur promettant monts et merveilles je dirais que oui il me sera possible de colmater les brèches de mon panier. Il me sera possible de ne plus vivre sur mon découvert et d’envisager pourquoi pas d’avoir enfin une épargne. Épargne qui aujourd’hui me fait défaut puisque je dois rembourser le prêt de mon appartement.

En attendant, cessez de me juger, et de vouloir me faire la morale parce que je n’arrive pas à compter mes deniers et que je flambe tout aux galeries Lafayette.

 

 

©Géraldine Magnan, 2009

Texte protégé. Dépôt le 26.10.2009

 


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