J'étais assise dans le métro qui me menait chez moi après une journée de doux labeur quand en regardant s'évanouir derrière moi les stations je me dis et s'il s'agissait du dernier jour. Pas de l'humanité, juste du mien. Si c'était mon dernier jour sur cette terre? Que ferais-je ? Le dernier jour à vivre, à respirer, à penser, à parler. Que ferais-je ? Imaginez que l'on vous dise que c'est votre dernier jour. Pas votre dernier jour de travail dans cette boite qui vous arnaque, pas votre dernier jour dans cet appartement que vous avez chéri. Non, votre dernier jour de terrien. Imaginez qu'en ouvrant votre boîte aux lettres ce jeudi 4 février que vous trouviez cette enveloppe, celle qui annonce la mort. Imaginez que ce soit de cette façon que la mort est annoncée, par une lettre sans aucune adresse au dos, juste un mot à l'intérieur calligraphié : ce sera le 05 de ce mois à 06h30. Je sais que certains se disent que ma théorie est surréaliste. Mais imaginez. Allez-y imaginez! Qu'avez-vous à perdre assis devant votre écran! Alors maintenant que vous y êtes, imaginez cette angoisse, se dire qu'il ne reste qu'un seul jour, que tout ce que l'on aura connu, que tout ceux que l'on aura aimé ne seront plus ou du moins que nous ne serons plus à côté de tous ces gens et de toutes ces choses qui ont comptés pour nous.
Si c'était mon dernier jour, appellerais-je les miens, mes amis pour leur dire au-revoir ? Irais-je dans un bon restaurant ? Irais-je me baigner une dernière fois dans cette eau qui me caresse avec une infinie douceur ? M'allongerais-je le soir à côté de mon âme sœur me laissant bercer par sa respiration et savourant en silence ce dernier moment ? Il y a tellement de choses que je désirerais faire si c'était mon dernier jour mais quelle utilité! Même pas un souvenir que je pourrais conserver puisque je serais six pieds sous terre à manger des pissenlits par la racine, alors à quoi bon! On m'a souvent dit de vivre chaque jour comme si c'était le dernier, cette phrase ne veut rien dire à part peut être pour un kamikaze qui n'a aucune espérance à part celle de mourir, vous me direz que c'est une fin en soi mais bon. En réalité qui vit comme si c'était son dernier jour ? Qui se réveille le matin en se disant Super, enfin c'est mon dernier jour sur terre! Le bienheureux se croira au-dessus de tout pour une fois ou peut-être s'il a l'habitude pour la dernière fois de sa vie et fera toutes les extravagances que lui interdisaient le regard de ses congénères. Imaginez que vous pourriez avoir pour une fois dans votre minable vie (rassurez-vous, je ne vous juge pas, je fais aussi partie du lot), le droit (octroyé par vous-même précisons-le) de voler, d'insulter l'abruti de guichetier de la poste pour sa lenteur (bon les mal-élevés le font déjà en temps normal, mais vous n'êtes pas mal-élevé vous!), vous pourriez même éventuellement commettre un crime et en finir avec votre stupide voisin qui vous casse les pieds depuis trois ans. Qui vous condamnerait puisque vous êtes mort! C'est vrai toutes ces choses que vous n'avez jamais osé, ce serait l'ultime moment. Vous pourriez aller dormir dans un palace sans payer la note d'hôtel en vous échappant au petit matin. Et vous qui avez toujours voulu faire l'aller-retour Paris-New York mais qui n'avez jamais pu avec vos trois marmots sous les bras. Vous aviez bien envisagé de ne pas les nourrir pendant trois mois pour économiser un peu et pouvoir payer votre billet mais votre femme vous a toisé et vous avez changé d'avis, vous étiez coincé. Mais aujourd'hui vous pourriez, il vous suffirait de vider votre compte, de sauter dans pourquoi pas le Concorde et à vous les states! N'ayez aucun scrupule, aucune inquiétude pour le trou béant que vous laisseriez à la banque puisque l'assurance vie aidera l'éplorée et la descendance.
Vous pourriez faire tout ce que vous voudrez si vous devriez mourir demain. C'est tellement simple dit comme ça mais tellement compliqué quand on y pense sérieusement. Que ferais-je ?
Assise dans ce métro qui continue son périple j'avoue que
je ne sais pas. La chose la plus sensée serait de déchirer cette lettre comme pour conjurer le mauvais sort, seulement je ne sais pas. Une épée de Damoclès au dessus de la tête et n'avoir aucune
alternative si ce n'est celle de capituler et d'attendre l'inexorable se demandant quelle type de mort me serait servi. Savoir qu'on ne peut pas reculer. On ne peut
qu'attendre...