Elise était folle de joie, elle ne pensait plus que cela arriverait et pourtant. Les larmes roulaient sur ces joues couleur café au lait, elle ne pouvait s’arrêter. Le test était positif. Enfin! Après tout ce temps les deux barres tant attendues apparaissaient enfin sur ce long bâtonnet. Enceinte ! Quelle joie. Elle s’empressa d’appeler Jean son mari qui était encore au travail pour lui annoncer la nouvelle. Ils pleurèrent. Aujourd’hui, c’était leur jour de chance.

Quand il rentra ce soir là, ils se mirent à rêver de ces lendemains car la vie commençait enfin pour eux avec ce trésor enfoui dans les entrailles d’Elise. Ils décidèrent de garder secret cette nouvelle afin de conjurer le sort car après toutes les déceptions de ces cinq dernières années ils ne supporteraient pas un nouveau malheur. Tant de douleurs, tant de pleurs. Aujourd’hui, ils pouvaient sourire.

Elise prit rendez-vous chez son gynécologue qui, fait exceptionnel, pouvait la recevoir le lendemain après-midi. En attendant, elle devait faire une prise de sang afin de déterminer le début de sa grossesse. Elle se rendit au laboratoire et fit pour la soixantième fois une prise de sang, mais cette fois-ci c’était avec le sourire aux lèvres. En sortant du laboratoire, elle décida de faire une surprise à Jean et acheta deux billets d’avion pour Brazzaville. Ils partiraient dans trois mois, après que toutes menaces de fausses couches soient écartées. Ils iraient voir leurs parents et annonceraient la grande nouvelle.

Cela faisait deux ans qu’ils n’étaient pas rentrés au pays. Le soleil, la mer, les bons petits plats manquaient à Elise. Quant à Jean il ne se plaignait pas, mais Elise savait que ses parents lui manquaient comme les siens d’ailleurs. Il serait fou de joie. Elle décida qu’elle ferait un paquet cadeau à Jean, elle glisserait les billets dans l'enveloppe de l'échographie.

Quand, elle arriva chez son gynécologue le lendemain, elle était pleine d’appréhension. Jean avocat dans l'armée de terre, plaidait cet après-midi là, elle était donc seule à patienter dans la salle d’attente du docteur s’imaginant les pires scénarios. Pour se rassurer elle ne cessait de caresser son ventre, essayant de sentir ce petit être, son bébé, son trésor. Lorsque le médecin lui ouvrit la porte en souriant elle se sentit rassurée. Il la fit asseoir et la félicita, lui disant combien il était heureux qu’après tous ces traitements qu’elle ait pu tomber enceinte alors qu’ils n’y croyaient presque plus. Sans doute que cette pause leur fut bénéfique. Il lui fit part des résultats que lui avaient envoyé le laboratoire d’analyse. Quelle ne fut la surprise d’Elise d’apprendre qu’elle était enceinte de dix semaines elle qui se croyait enceinte d'un mois seulement. Elle n’avait rien senti, il devait y avoir une erreur, cela ne pouvait être possible. Elle le dit au médecin. Elle n’avait eu aucun symptômes, tout était comme avant. Le docteur lui dit que cela pouvait arriver et lui fit l’échographie afin de vérifier que tout allait bien. Elise ne se sentait pas bien elle savait que quelque chose clochait, ce n’était pas normal, elle ne pouvait être enceinte de dix semaines. C'était tout bonnement impossible. Elle se souvenait parfaitement de ces petits instants quand Jean parti en mission à l'étranger, son lit avait été dérangé. Tout cela était impossible. Pourtant l’échographie confirma l’analyse de sang. C’était bien vrai.  

Le gynécologue remarqua son trouble et lui demanda ce qui n’allait pas. Elle lui dit qu’elle n’était pas sûre de cette date, elle lui dit que cela ne pouvait être exact. Elle lui demanda s'il était bien sûr des dates. Il fallait bien reconnaître que le docteur Sardant avait un penchant pour l'alcool, cependant il fallait aussi reconnaître que l'appareil lui ne pouvait être ivre de quelque manière que ce soit, c'était scientifiquement impossible. Elise était dépitée. Depuis le temps qu'ils attendaient ce moment. Etre parents...

Il avait fallu que Jean parte en mission à l'étranger et qu'elle couche avec son prof de shiatsu, le beau Ben-blanc-yeux-bleus-cheveux-châtains, bref tout le contraire de Jean-noir-yeux-noirs-cheveux-crépus-noirs. Pourquoi était-il parti en mission ? Pourquoi avait-elle invité Ben à prendre un dernier verre chez elle ce soir là ? L'enfant à naître ne serait pas noir, et personne dans leurs ascendants respectifs n'était un peu blanc pour expliquer la couleur de peau trop clair du futur bébé. S'il pouvait sortir tout noir mais comment faire pour qu'il soit noir ce petit bébé?...

 

 

©Géraldine Magnan, 2009

Texte protégé. Dépôt le 09.11.2009

 

 


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