Déhanchée à ne plus en finir, on pourrait croire que ses reins sont en apesanteur tant elle se tord et se retord campée sur ses neuf centimètres. Elle se prend pour une princesse avec ses cheveux lisses ou bouclées qu'elle choisit en fonction de son humeur. Elle n'achète que des cheveux naturels depuis qu’elle n’est plus chômeuse et qu’elle ne compose plus le 0.892. « ASSEDIC de l’Ouest Francilien bonjour… ». Son maquillage est nickel même si on a l'impression qu'elle vampirise ses sourcils et qu'elle se tartine beaucoup trop le visage à coup de fond de teint. Quant à ses fringues, qu’elle les prenne aux Halles, sur les Champs elle sait les porter et jamais il ne lui viendrait à l’idée de "patchworkiser" ses tenues. Pour elle ce n’est jamais le carnaval, bref elle tient à son image. Quand elle se mêle au reste du troupeau composé de ses autres congénères vers Sarcelles ou Clignancourt elle continue son manège de bimbo. Et comme une starlette des petits quartiers elle parle tellement fort qu’elle casse les oreilles de tout le monde, elle rit tellement fort qu’on craint qu’elle ne s’étouffe, elle regarde les autres avec tellement de hargne qu’on espère ne pas être foudroyé sur place. Peu importe l'endroit où ses pieds foulent le bitume parisien cette fille tient à ce que les autres la voient, la sentent, la déshabillent du regard, elle a besoin d'être le centre du monde dans lequel elle évolue. Elle n’en a rien à faire des autres, puisqu'elle se prend pour une bombe atomique.

Dans le métro, les autres la lorgnent, la reluquent, la guignent, la caressent du regard. Les mâles font réfléchir leur entrejambe malgré leur alliance étincelante. Les femelles, reines de l’envie, la jalousent, la snobent, et elles finissent par devenir des garces qui se damneraient pour un arrière-train bien galbé, un teint halé, une poitrine 95C cent pour cent naturelle et des yeux en amande qui pétillent. Malheureusement pour ces pauvresses, la réalité est tout autre car elles sont déjà mal fichues à quarante ans à force de crèmes anti-rides, de crèmes de jour, de nuits, de midi, de botox, de concombres et autres "jouvenceries". Comment auraient-elles le temps d'être une Pénélope, une Béyoncé ou une Angélina quand elles s’usent à jouer les BoBos pauvres du 17ème arrondissement de Paris au grand dam du mâle. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que tous ces Philippe, David et compagnie matent, effleurent, trompent et n’oublient pas de mentir à toutes ces pauvres Caroline, Nathalie, Pascaline, Marie pauvres mamans de ces petits Corentin, Emilien, Flora, Constance et autres vieilleries dénichées dans l’arbre généalogique aristocratique de leurs aïeuls.  

Pour en revenir à la sexy lady, elle a du vice, et elle obtient ce qu’elle veut quand elle le veut. Certains la prennent pour une fille superficielle obnubilée par son nombril et son blackberry. Seulement il ne faut pas se méprendre sur cette demoiselle car quand certains pensent qu'elle additionne les petits boulots chez Téléperformance et autres boutiques pour jeunes peu-pas-sous-ou-sur-diplômés, il faut bien reconnaître que souvent elle a fait des études supérieures, qu'elle occupe un poste qui ne lui demande pas de rester scotchée devant un photocopieur du matin jusqu'au soir si vous voyez ce que je veux dire. Oui, qu'on ne se méprenne pas car elle s'assure un avenir. D'autres encore la prennent pour une attrape-fortune parce que Philippe lui paye des sacs à mains Lancel et Fendi. Entre nous qui voudrait se caser avec l'idiot de l'immeuble qui n'a qu'un seul neurone en activité et qui vous invite uniquement au Mac Do! Vous ? Non, je ne crois pas.

Durant mes nombreux déménagements j’ai connu une noire "ébenienne" du prénom de Laura, ce n’était pas une bombe atomique mais grâce à sa tonne de maquillage made in L’Oréal et sa fausse chevelure made in Clignancourt elle arrivait à « s’atomiser ». Elle cherchait devant son miroir comment rivaliser avec Beyoncé, Noémie Lenoir, Halle, Alicia Keys, etc... Elle se convainquait tous les matins qu'elle pourrait les écraser, prendre leur place parce qu'elle était mieux. Je ne suis pas sure que Jay-Z ou Gabriel Aubry auraient été gagnants au change mais bon espoir quand tu nous tient! Elle travaillait dans un quartier chic de Paris et de fait n'avait de cesse de se vanter, elle se croyait au-dessus des autres jusqu'au moment où on lui demandait où elle habitait et qu'elle était bien obligée de répondre Gennevilliers (pas glam hein! Je sais. Elle aussi). Quelquefois il m’arrivait de craindre qu’elle ne s’étouffe dans son arrogance, mais justement grâce ou à cause de cette dernière elle ne s’est pas étouffée. Force est de constater que des fées superficielles s'étaient penchées sur son berceau. Tout lui était dû, l’argent des autres, leurs fringues et même leurs mecs. Elle ne souffrait jamais des moqueries des autres parce qu’elle-même tirait à boulet rouge sur tout ce qui avait deux pattes. Personne n'échappait à son courroux. Tout cela sans vergogne. Ah, il y a tellement de Laura qui jouent de leurs attributs factices pour arriver à leurs fins et qui prennent possession de ce que les autres bâtissent si difficilement qu’on a envie de les mettre dans un grand sac et de les jeter dans une poubelle. Je vous vois opiner du chef et je dois bien avouer que je vous comprends, surtout qu'il y a une flopée de filles qu’on ignore parce qu'elles ont tout d'une Ugly Betty et que tout le monde finit par les oublier. Vous êtes rares, je dirais même que vous êtes en voie de disparition. Quelle tristesse!

 

 

 

©Géraldine Magnan, 2009

Texte protégé. Dépôt le 09.11.2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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