L’enfoiré de mes deux ! Abruti de première ! C’est un crétin fini, archi fini, triplement fini. Ah, je le tuerais bien celui-là ! Je
haiiiiiiiiiiiiiiiiis les hommes… Je vous hais tous et peu m’importe que vous soyez riches, sexy et sexuellement aptes. Pourquoiiiiiii moi juste ciel !
Zut, j’ai oublié que je n’étais pas seule au bureau. Avez-vous déjà vu douze paires d’yeux dont six bigleuses braquées sur vous comme si vous étiez la dernière d’une très longue lignée
d’extraterrestres en voie de disparition, genre E.T. seul face au reste du monde ? Non ? Moi si. Je venais de devenir la demi-sœur d’E.T., comme ça, à quinze heure quarante-cinq.
11h00, ce matin, je me réveille vachement tôt. Oui, bon je sais pour vous commun des mortels que c’est une honte mais, je bosse dans un journal on-line Les Cœurs Desséchés, et concernant
les horaires j’ai droit à une certaine souplesse dirons nous, d’ailleurs c’est écrit sur mon contrat de travail que je n’ai jamais lu, c’est Lise qui me l’avait dit ; virée depuis fort
longtemps pour je ne sais plus quoi. Officiellement, j’énonce ma théorie : j’arrive quand l’inspiration vient, bon elle ne vient jamais et du coup comme je suis tributaire de l'argent je
fais acte de présence en traînant mon énorme carcasse au journal. Argent quand tu nous tiens ! Bref, j’arrive au boulot fainéantiquement (euh) à 14h00 pétante, avec une grande détermination,
mon rédacteur est en réunion, jusque là tout va bien. Journée banale, le ventre plein à déborder, il faut ce qu’il faut, quoiqu’il me faudrait un régime béton genre soupe aux choux et du sexe
encore et encore jusqu’à ce que mort s’en suive. En même temps je ne suis pas sûre que la soupe aux choux et le sexe aillent de pairs olfactivement parlant si vous voyez ce que je veux dire. Je
m’installe à mon poste à 14h30 après l’éternelle pause café-clope, et c’est à ce moment précis que je me rends compte d’un fait étrangement bizarre. Mon inconstant-conscient, je suis très
spirituo-psychique (PS : mot à ne pas utiliser dans soirées classes car inventé. Ça ferait fille inculte et doublement bête. On est toujours une fille bête à une soirée classe avec notre
robe noire décolletée Cardin achetée en solde à moins quarante pour cent et notre verre de champagne). Je disais donc que mon inconstant-conscient me dit d’ouvrir mon cabas, de prendre mon
téléphone et d’écouter mes messages, je m’exécute, parce qu’il ne faut jamais contrarier son inconstant-conscient vu son inconstance n’est-ce-pas ?
Vous avez un nouveau message, et là je commence à lire, où je fais plutôt bouger mes petits yeux gris car je suis un peu fatiguée, c’est l’heure de la sieste, en plus il y a la redif de NCIS chez
moi, dans mon téléviseur seize-neuvième. J’en étais où ? Ah oui, je lis mon message et là… Révélation… Salut Clem, je t’écris pour te dire (eeeeeeeenfin il va me demander en mariage) que
j’ai besoin d’espace, je veux respirer, et vivre autre chose. Prends soin de toi. Max.
Je HAIS les hommes, du boulanger au banquier en passant par le concierge jusqu’au directeur financier de euh IBM, qu’ils aillent tous au diable.
Hein ? Quoi ? Comment ça!!! Arghhhhh..... My god isn’t possible ? Shiiiit, my life is destroyed.
Je meeeeeurs, je sens que je meurs, vite appelez les pompiers. Je ne peux plus respirer comme la fois où j’avais oublié d’ouvrir ma bouteille d’oxygène, je m’étais inscrite à un cours de plongée
avec ma copine et co-locataire Marjane, juste pour mater les beaux mecs. Et le prof qu’est-ce qu’il était sexy dans sa combinaison ! J’en ai encore des frissons. Et mais ça va pas ou
quoi ! Je suis en train de mourir de chagrin, mon cœur est transpercé comme un gruyère, je suis en phase terminale et je pense à mon prof de plongée. Je veux mouriiiiir ! SVP, venez
m’aider.
Je dois respirer. Ouvrez la fenêtre ! Je m’en fous même si on est en Décembre et qu’il fait moins huit.
Comment peut-il me quitter ? On ne me quitte pas. On ne quitte pas Clémentine, c’est Clémentine qui quitte. Je fais quoi là, je meurs ou je l’appelle, mais je lui dis quoi ? Peut-être
qu’il y a eu une erreur, mauvais numéro de portable, ce serait bizarre que ce soit un autre Max qui écrive à une autre Clémentine, mais après tout on est plus de cent mille, allez je rajoute un
zéro, non deux zéros à s’appeler Max et Clémentine sur cette boule bleue.
Pourquoi n’ai-je pas une bouteille de vodka dans mon cabas de trois mètres de profondeur ? Pourquoi moaaaaaaaaaa…
Il me faut appeler quelqu’un, mais qui ? Mon psy ne veut plus me voir il m’a conseillé un confrère, il ne comprend pas qu’à vingt-cinq ans qu’on puisse être aussi débile, cet avorton n’a
visiblement pas encore vu ma copine Deb. Non, elle ne s’appelle pas Débile, mais Deborah pour vous autres qui ne comprendriez pas. Juste entre nous chères nouvelles copines, entre ledit confrère
et moi je ne sais pas lequel a véritablement besoin d’être soigné.
Qui vais-je appeler ? Marjane est je ne sais où, son portable est à la maison, je l’ai vu en partant ce matin. Lucas ? Le meilleur ami de Max ne voudra rien me dire car solidarité
pénissienne oblige.
Et puis zut, je vais l’appeler moi cette espèce d’amphibien à deux pattes, euh non trois. La troisième patte me servait bien si vous voyez ce que je veux dire. Misère de misère. On ne serait pas
vendredi treize par hasard. Il est où mon filofax ?
Sonnerie : 1, 2, 3, 4, 5 pas de réponse. Se serait-il pendu, me devançant dans l’abominable plan que je lui réserve. Ah, il décroche.
Lui : Salut Clem.
Moi : Je peux savoir ce que veut dire ce message que je viens de recevoir car je t’avoue ne pas avoir tout compris.
Lui : Arrêtes ça, s’il te plaît, c’est pourtant clair Clem, je te quitte.
Moi : Tu me quittes ? Comme ça ? Quoi, tu t’es réveillé ce matin en te disant il faut que je quitte Clem c’est ça ?
Lui : Oui.
Silence de lui.
Moi : Oui ? Mais tu ne peux pas me faire ça nom d’une pipe ! Tu t’es cogné la tête contre un mur en béton armé ou quoi ! (si ce n’était pas déjà fait, je lui cognerais bien sa
tête contre une dalle de dix mètres d’épaisseur style la muraille de Chine).
Lui : Il faut que je te laisse, j’ai un double appel. Salut.
Moi : Allô ? Allô ? Allôôôôôôôôô !
Tiens, j’ai pas entendu le bip-bip façon double appel. Le menteur. Non seulement il me largue comme un lâche, mais en plus il s’enfuit comme un voleur. Arghhhhh !
Je commence à mourir. Mince, je respire encore.
Y aurait pas un beau mec qui passerait par là pour me remonter le moral, un type comme Max, mais sans le cerveau de Max. C’est possible ça ? Je vais regarder sur google. Voilà c’est
ça !!! Il me faut lobotomiser quelqu’un qui aurait son corps, sa voix sexy, ses lèvres charnues, ses yeux verts et sa troisième patte. Euh, ce n’est pas une lobotomie ça, c'est plutôt du
clonage, non ? Je reprends : il me faut quelqu’un qui aurait son corps, sa voix sexy, ses lèvres charnues, ses yeux verts, et sa troisième patte, mais ce prototype aurait le cerveau que je
lui aurais confectionné. Ce n’est pas ce que j’ai dit tout à l’heure. Je sais plus, je m’emmêle les pédales. On va y arriver.
Aïe, en parlant d’arriver, voilà mon rédac chef, homme gras cent-trente kilos à la ronde, suant même par moins huit. On dirait un des trois petits cochons, ou peut-être est-il les trois petits
cochons en un, comme la lessive Dash. Le voici qui fonce droit sur moi.
(Pour info voici sa photo que j’ai pu récupérer après moult recherches dans le trombinoscope du journal).
J’avais un truc à faire, la mémoire me fait défaut, c’est un peu normal, je viens d’essuyer un largage en plein vol et un suicide mental. Mon Brad s’en est allé. C’était quoi l’article à rédiger
déjà ? J’ai éteint mon ordinateur, pourquoi l’ai-je éteint au fait ? Quand l’ai-je éteint ? N’était-il pas allumé tout à l’heure ? (perturbation intense multipliée par
coefficient quinze).
D’habitude je feins de faire quelque chose, histoire de ne pas montrer que je suis sur le net à lire les derniers potins sur les people, mais là je suis tellement, tellement perturbée que j’ai
oublié de rallumer mon ordinateur. Mais quand l’ai-je éteint ? Je ne me souviens pas. Oh Seigneur, je meurs !!! Il est là, à un mètre, toujours pas assez loin.
- Alors Clémentine, il avance l’article sur Fiona Wellington ?
Fiona qui ? Ce nom devrait sans doute me dire quelque chose, mais là je ne vois pas. En tout cas, c’est clair que je devais bosser sur ce truc. Je ne sais même pas quand je dois remettre
l’article, j’espère que ce n’est pas pour ce soir. Toi dans le ciel aides-moi.
- L’artiiiiicle ! Bien sûr, je continue mes recherches, j’avance, j’ai du concret, de la matière (bon dieu de quoi parle Trois-en-Un!!!)
Quand on a rien à dire et à montrer, autant employer des mots gros comme une maison. Ça calme les rédac chefs, sauf Trois-en-Un visiblement.
- Comment ça vous continuez vos recherches ? Il est pour ce soir cet article, vous n’avez pas lu votre messagerie ?
Messagerie ? On a monté une ligue pour me casser les pieds aujourd’hui ou quoi !
- Voyez-vous, je crois que j’ai un petit problème avec mon ordinateur, j’ai tenté de l’allumer mais l’écran reste noir. Peut-être le serveur est-il détraqué ou un virus genre cheval de Troie,
vous voyez ou pas ? Bon j’ai quand même essayé la fameuse solution Eteignez-Rallumez mais sans résultat. J’ai donc appelé le technicien qui m’a dit qu’il viendrait dans l’heure, cependant
vous constaterez comme moi que le sérieux et le professionnalisme ne sont pas de rigueur au service technique car il n’est toujours pas là.
Quelle menteuse je fais. Si je pouvais rentrer chez moi, me saouler et me changer en une James Bond Girl, je zigouillerais bien Max avec un 22 long rifle, euh non trop gros pour mes petits bras,
plutôt une hache. Je lui couperais tous ses membres et ne lui laisserait que le tronc. Ce serait drôle de le voir gigoter comme une marionnette.
- Clémentine, l’article est pour ce soir, je vous ai envoyé un mail ce matin, vous étiez où ? Et ne me dites pas que c’est de la faute du technicien parce qu’il n’était pas là ce matin et
votre cheval de Troie n’existe que dans votre petite tête. Alors où étiez-vous ? J’attends.
Sous ma couette à cuver mon vin, la nuit a été chaude avec Brad Pitt. Ah ! Brad chéri !
Silence de trente secondes, on réfléchit.
- Euh, j’étais à une... convention sur les femmes abordant la ménopause (c’est quoi ce mensonge débile), j’ai là un début de sujet très intéressant. Dites-moi les techniciens ne travaillent pas
le matin, c’est bizarre non ?
- Pour l’instant c’est Fiona qui m’intéresse, et je n’ai pas entendu parler de cette convention. Préparer mieux vos mensonges ma petite Clémentine.
Pas la peine d’insister sur ma pseudo-convention imaginaire. Je ne relève pas non plus le fait d’être traitée de menteuse. Mon moi intérieur sait que je suis honnête même si ça ne rentre pas dans
les subtilités de Trois-en-Un. Et puis d’ailleurs, un journaliste est censé savoir mentir : cours numéro trois de déontologie journalistique de M. X (le secret professionnel m’interdit de
révéler son nom) prof de droit de la presse dans la série Beverly Hills. C’est vrai, il disait à Brandon Walsh qu’il avait le droit de mentir, sauf que Brandon ne mentait jamais, d’ailleurs il
n’allait jamais en cours trop occupé à résoudre les problèmes d’alcoolisme et de coke de Dylan. Je m’égare là, revenons à nos moutons.
- Je ne peux pas vous rendre cet article ce soir, vous me filez le bébé ce matin, je ne sais même pas qui est Fiona Washington !
- Wellington !
- Hein ?
- Ecoutez Clémentine, vous avez jusqu’à 20h00, vous êtes une experte des moteurs de recherche, vous trouverez bien.
Comment ça une experte ? Ce n’est pas parce que j’y passe plus de cinq heures au lieu de bosser que je suis passée experte. Bill Gates, lui est un pro d’internet ! Enfin c’est ce que
l’on dit.
- Philippe (c’est le prénom de Trois-en-Un, dernier de la fratrie des trois petits cochons), Les Cœurs desséchés ne devraient-ils pas parler des mésaventures amoureuses, plutôt que d’un
sujet aussi fort et d’actualité qu’est l’engagement de Fiona Washington pour les refuges?
Je venais de me souvenir que j’avais entendu parler de cette dame qui avait été invitée à Paris à l'occasion de l’anniversaire du Secours Protestant. Elle avait ouvert un centre pour les
sans-abris à Washington, tient elle porte bien son nom, celle-là.
- Que faire de vous Clémentine? Moi-même je ne sais plus. La femme du refuge c’est Laura Warrington !
- Philippe est-ce ma faute si elles ont toutes le même nom !
- Stop ! Faites-moi cet article pour ce soir, débrouillez-vous, voyez sur internet, demandez à vos collègues, et surtout n’oubliez pas un détail très important et qui fera toute la
différence sur ce sujet…
Je scrute son visage, bigre alors, il va me tuyauter, finalement ce n’est pas un si mauvais bougre Trois-en-Un.
- C’est Fiona Wellington. Entendu. W.E.L.L.I.N.G.T.O.N.
L’abruti va. Comme si j’étais bête. Y a pas écrit I.D.I.O.T.E. sur mon Box! Et puis quoi encore !
Mais je ne peux pas me concentrer sur cette Fiona Weit Watchers, pour l’instant il y a pire, il y a urgence, ma vie coule. Pourquoi Max ? Pourquoaaaaaaaaa !!!!
Sonnerie : 1,2, allez Deb réponds, 3,4.
- Allô ?
- Deb, c’est une horreur ce qui m’arrive, tu n’imagines même pas j’ai un problème ultra-hyper-super-grave !
- Bonjour Clem. Je viens bien merci. Et toi? Ça s'appelle la politesse jeune fille. Bon c'est quoi aujourd'hui? Voyons voir, tu t’es perdue dans un centre commercial? Non attends, je sais tu ne
retrouves plus ta Mini ? J’ai bon ou pas ?
- Arrêtes Deb, ce n’est vraiment pas le moment de faire de l’humour. C’est pire que tout ça, Max vient de me larguer comme une vieille chaussette sale.
- Quoi ? Tu peux répéter ça !!!
- Non, je ne peux pas.
- Max t’a largué. Noon, j’le crois pas. Quand ? Comment ? Où ? Quand même c’est un bel enfoiré ce type !
- Vas-y insultes-le, ça me soulage.
- Ma pauvre fille, ça te dit qu’on sorte ce soir ?
- Je me suis faite larguée, je suis au bord du suicide et toi tu veux qu’on sorte !!! T’es folle ou quoi !
- Il faut que tu me racontes tout.
- Il m’a envoyé un message, attends je te le transfère, une seconde.
Ça marche comment pour transférer un message ? Elle est où la notice de ce fichu portable. Oh ! ça marche. Comment ai-je fait ?
- C’est bon, tu l’as ?
- Ouais attends je lis. Salut Clem, je t’écris pour te dire que j’ai besoin d’espace, je veux respirer, et vivre autre chose. Prends soin de toi. Max. Oh le bandit! Comment peut-il
te faire cela, après trois ans. Tu l’as appelé pour l’insulter, j’espère ?
- À ton avis, bien sur que je l’ai appelé, il m’a dit qu’il me quittait et c’est tout, il avait soi-disant un double appel. Tu parles, je sais que ce n’est pas vrai, il voulait se débarrasser de
moi. Il faut que je me venge. C’est trop dur Deb, je le hais. Je fais quoi ?
- Bon ce soir, on monte un siège chez toi. J’espère que Marj n’a rien de prévu. Elle est au courant ?
- Non, impossible de la joindre.
- T’inquiètes pas, je vais la trouver.
- Merci Deb.
- Häggen Dasz, pizza, vodka-orange et on va réfléchir. D’accord ?
- D’accord.
- T’en fais pas ma belle, ce gars c’est le roi des abrutis de tout l’univers. Que dis-je du firmament, même pas besoin de couronne car avec toutes ses étoiles il brille par sa bêtise ! Allez
à ce soir ma chérie, courage.
- Deb, je ne sais pas si…
Tut tut tut tut tut tut tut tut tut tut tut tut tut tut tut. Voilà, elle aussi m’a raccroché au nez. Et zut.
En général quand Deb parle de réfléchir avec de la vodka-orange, elle rajoute orange pour faire jeune fille de bonne famille, mais c’est une alcoolo notoire. Qui de nous trois pourra réfléchir à
mon problème ? Marjane est tellement bête qu’elle ne sait même pas lire les panneaux de circulation, elle conduit avec son code sur le tableau de bord. On donne le permis à n’importe qui de
nos jours !!! Moi, lorsque j’ai eu mon permis j’étais de loin la seule à être totalement performante et même que mon examinateur m’a dit que j’étais merveilleuse au volant, je crois que je
lui plaisais, tiens je devrais le rappeler, euh…. J’en étais où là ? Ah oui ! Deb, quant à elle, certes je la trouve dérangée, mais s’il faut vraiment choisir entre elle et Marj, je
suis dans l’obligation de la trouver normale, et quant à moi je suis si désespérée que je ne pourrais pas réfléchir. C’est décidé, on va plutôt se saouler, et puis c’est vendredi
soir !!!
Et zut, revoilà Trois-en-Un.
- Alors Clémentine on avance ?
Je n’ai toujours pas allumé cet ordinateur.
- Ecoutez Trois-en-Un, je ne peux pas écr….
- Pardon ? C’est quoi Trois-en-Un, un nouveau code ?
- Euh oui, non, excusez-moi, je pensais à voix haute.
Merde, faut vraiment que j’apprenne à me contrôler.
- Je disais donc que je n’aurais pas le temps d’écrire cet article Philippe, il me faut plus de temps. J’ai un problème très urgent à régler, il faut absolument que je m’en aille.
- Comment ça, vous ne pouvez pas partir sans avoir écrit cet article ? Enfin où vous croyez-vous Clémentine ? Dans une halte-garderie ? Au Plazza Athénée ? Vous venez et
partez quand ça vous chante ? Ici, on est au B.U.R.E.A.U. !!!
Il m’énerve celui-là, ce n’est parce qu’il est rédacteur en chef, qu’il peut me parler comme il veut et m’épeler les mots comme si j’avais cinq ans ! J’ai trente ans nom d’une pipe, et puis
moi aussi je travaille, moi aussi je suis professionnelle et responsable et performante. Euh vous qui lisez mes lamentations je ne veux absolument rien entendre sinon j’arrête de copiner avec
vous autres…
- Philippe, il s’agit de ma soeur, elle est au commissariat et je dois aller la chercher, elle a été arrêtée pour conduite en état d’ivresse. Vous vous rendez compte, il était à peine dix
heures ! Boire si tôt ! Ma soeur me cause bien du souci, et mes parents étant partis en voyage, je suis bien obligée de m’en occuper, d’autant plus qu’elle est mineure.
- C’est vrai, cette histoire ? Parce qu’elle sent un peu le réchauffé.
Comment puis-je mentir sur Chloé, vingt-trois ans, détentrice d’un master en management de je-ne-sais-quoi, une fille si sérieuse, si mûre, si consciencieuse tout mon contraire en fait. C’est
cruel, il s’agit de ma sœur, la chair de ma chair, à ce rythme là j’aurais certainement le prix Nobel du mensonge. Ça existe, non ? Non ? Bon.
- Comment pouvez-vous douter de cela, JAMAIS je ne mentirais sur ma pauvre sœur ! C’est pour cela que je n’étais pas là ce matin, il a fallu que je me rende à la police, ils n’ont pas voulu
la libérer, ils m’ont dit qu’elle cuvait lentement (pourquoi, ça arrive de cuver rapidement, il faut que je demande à Deb).
Je commence à croire à mon histoire. J’aurais dû faire du théâtre ou du cinéma. Al Pacino, de Niro, Tom, Bruce auraient payé pour jouer avec moi, un rôle sur mesure, mais j’aurais choisi Georges.
On lâche l’accélérateur, allô terre j’écoute !
- Bon, bon, très bien allez-y Clémentine, mais vous auriez dû m’en parler, maintenant il va falloir que je mette quelqu’un d’autre sur cette histoire.
- Croyez bien que cela m’embête, d’autant plus que c’est un sujet des plus intéressant, elle est touchante cette Fiona.
- Parce que vous trouvez qu’une femme qui abandonne ses enfants pour suivre un renégat est une femme touchante ? Vous, vous m’étonnerez toujours !
Ah ! c’était donc cela. Bon je file avant de me faire incendier, et que mon mensonge ne commence à s’effriter comme la peau de Jack Nicholson.
Eh, les mecs sont bêtes, on leur ferait avaler n’importe quelle histoire qu’ils tomberaient dans le panneau. Je devrais peut-être dire à Max que je suis atteinte d’une maladie incurable et qu’il
ne me reste plus que trois mois à vivre. Non, ça fait un peu trop Amour Gloire et Beauté. Et, si je lui dis que je suis enceinte, j’ai quand même quatre mois avant que mon ventre ne s’arrondisse.
Le temps qu’il se rende compte du subterfuge je serais peut-être enceinte. Bien sur il faudrait que l’on fasse des câlins tous les soirs et entre mes « nausées » et mes
« vertiges » je devrais le persuader que ces petits maux ne sont que futilités et que je prends du plaisir à lui en donner. Et puis notre « enfant » est si heureux de savoir
que ses parents s’aiment autant et qu’ils font autant de câlins. Ça c’est une très bonne idée, je vais étudier cela ce soir avec les filles.
L’ordre du jour sera : Rupture unilatérale
A - Vengeance : machination à mettre en place
B - Stratégie : guerre de tranchée - guerre de position
C - Choisir entre :
1- maladie incurable : je vais bientôt mourir
2- bébé : salut tu seras papa dans six mois
Silence moteur on tourne.
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Au secours j'ai besoin d'un homme
©Géraldine Magnan, 2009
Texte protégé. Dépôt le 26.10.2009